Marc, le lion du désert

Jacques Cazeaux, Cerf, 2012, 354 p.

Et si Marc n’était pas le premier des évangiles, mais le dernier ?

Peu importe, en fait, qu’il soit le premier ou qu’il ait voulu corriger l’interprétation « déviante » des autres, c’est la Parole déposée dans les Écrits que le croyant rumine et auxquels il croit, et non leur impossible histoire.

Marc redit, pèse l’Annonce de Dieu en Jésus. Il défend l’adoration première de YHWH Dieu contre une fixation isolant un Jésus qui en viendrait à rester seul, héros absorbant le tout de la divinité. Le « secret messianique » est simplement ce silence imposé aux christolâtres. Il ne vise pas à préserver la stature de Jésus, mais à rappeler son effacement devant le Père. D’un coup de hache prophétique, la première page de saint Marc bouleverse les versions du baptême selon les autres évangiles, les versions du Désert, les versions de l’Entrée. Plus loin, comme dans les anciennes Écritures, les notations pittoresques viennent parfaire son hiératisme.

Marc donne bien moins de conseils de vie que les autres, puisqu’il n’est pas besoin des Écritures pour vivre juste, bon et droit. Elles sont nécessaires pour être enlevé ailleurs. L’évangéliste rappelle au croyant que les Écritures s’entendent d’abord comme elles sont, brutes, d’un autre pays, d’Israël, pour la crainte et un bonheur lent. Marc est un « Israélite vrai », compact, solide : sa conclusion laissera sans voix. Donc à lire côté Dieu, prudemment.