Fleur d’épine

Raymonde Papet-Lépine, Nouvelle Cité 2012, 277 p.

"Qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi elle m’aime pas ? Pourquoi elle me fait ça ? Pourquoi moi ?" Combien de fois me suis-je demandé "Pourquoi ? Pourquoi ?"
J’ai huit ans, je ne comprends pas, je ne comprends pas parce qu’elle ne fait pas ça à mes frères et sœurs. Pourquoi seulement à moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? À la longue, on ne se pose même plus ces questions, on ne pense plus à rien, la faim et les coups rétrécissent le monde et l’estomac. Manger, n’importe quoi, marcher, se protéger, attendre, se recroqueviller, obéir, pleurer, tenir, manger, la peur, tout le temps, la faim, la peur, la honte... Je vis la même chose que les déportés. A la longue, il n’y a plus de pourquoi, il n’y a plus que la honte et le silence.

Comment survivre à un tel début dans l’existence, comment se construire une vie "normale" ? Après cinquante ans de silence forcé, Raymonde Papet-Lépine raconte ce qui ne se dit pas. On ne guérit pas d’une telle violence, on la subit toute sa vie. Cela s’est passé tout près, tout le monde savait. L’auteur va se battre toute sa vie contre les conséquences de ce silence collectif.

"Je veux témoigner de ce que j’ai vécu pour qu’on sache que si on ne peut jamais se remettre totalement de ce genre d’expérience, on peut pourtant se construire une vie digne d’être vécue. Ma recette ? Aider les autres, aider ceux qui sont dans le besoin ou la souffrance. Et se battre."