Et il dit

Erri de Luca, Gallimard, 2012, 112 pages

Un homme est retrouvé, épuisé, au bord d’un campement. Alpiniste courageux devenu simple vagabond, sa disparition avait fait perdre espoir à tout un peuple dont il était le guide. On découvre son histoire, l’ascension difficile, lorsque soudain, face à la muraille, sa voix se met à résonner : « Je suis Adonài (Yod) ton Elohìm. »

C’est ainsi que débute la déclinaison du Décalogue qu’Erri De Luca met en scène. Il revient aux sources de la langue et de la spiritualité pour raconter les Commandements dont il tire le plus beau en une poétique biblique singulière : « Ils apprirent au pied du Sinaï que l’écoute est une citerne dans laquelle se déverse une eau de ciel de paroles scandées à gouttes de syllabes. »

Sa relecture des Dix Paroles s’intensifie jusqu’à atteindre deux petits textes, comme deux suspensions au livre. Le premier, « Adieu au Sinaï », conte les bienfaits de la voix extatique du prophète et ses conséquences sur les corps. Puis De Luca nous plonge « En marge du campement » où il confie en quelques lignes - parmi les plus émouvantes de son oeuvre - l’équilibre entre intimité et distance qu’il entretient avec le peuple juif et sa langue sacrée.