Acte du Christ et actes de l’homme

Antoine Vidalin, Parole et Silence / Collège des Bernardins 2012

La difficulté rencontrée par l’Église dans l’élaboration et la réception de son enseignement moral, oblige la théologie morale à un renouveau dans la fidélité à la Tradition. La question cruciale porte sur la réalité de l’acte, ou objet de l’acte moral. Une telle question engage des enjeux ontologiques. La phénoménologie de la vie, développée par Michel Henry, étant une pensée du corps, de la subjectivité et de l’absolu, peut rencontrer ces exigences. Source d’un nouveau "réalisme", elle permet de saisir la réalité immanente de l’acte humain en son déploiement charnel et en son lien infrangible à l’auto-donation de la Vie absolue. L’éthique devient celle de la vie, identique au Commandement de l’amour.
A cette aune, peut être comprise l’existence dans le péché en même temps que la miséricorde promise par la Vie. Celle-ci se donne dans l’économie du salut dont la théologie rend raison. L’auto-donation de la Vie absolue, par-delà le péché, s’y accomplit dans l’Acte du Christ, source et gond de toute l’histoire.
Compris comme le "Se-donner-soi-même" charnel du Verbe de Vie, l’Acte du Christ est dès lors la clef de la théologie morale, et l’Eucharistie, rendant cet Acte présent au cœur de l’Église, en devient le fondement. L’acte humain, agi dans le Mémorial du Christ, y trouve sa puissance et son intelligence. Mémoire de l’œuvre de Dieu au cœur des actes humains, l’Écriture Sainte peut alors être l’âme de la théologie morale.